Landscape for tree-rings
     

Landscape for tree-rings

J'ai longtemps photographié les arbres, comme des personnages du paysage, mais dans Landscape for tree-rings,
je décide de chercher le paysage à l'intérieur de l'arbre. Je délaisse même l'usage de l'appareil photographique,
faisant des arbres, de leur écorce, de leurs blessures tranchées dans le vif, la matière même de mes photographies.
Le matériau bois est donc à la fois sujet et médium. Je travaille avec l'arbre lui même, comme pour entrer dans sa
chair où sont gravés les traits de « sa croissance, de ses accidents, de ses excroissances et, même, des circonstances
de sa mort. » Georges Didi-Huberman.

Ainsi, il y a d'abord le contact physique du papier sur le bois. Une première image est produite en frottant au charbon
de bois la tranche d'un arbre coupé. Cette empreinte est ensuite utilisée en tant que négatif et mise en contact avec le
papier photographique sous la lampe de l'agrandisseur. Un lien s'opère avec la photographie puisque le bois est en
outre l'élément de base de la fabrication du papier. 
Le photogramme se fait témoin de l'existence de l'arbre, de la mémoire de sa croissance. Le paradoxe tient dans le fait
que l'on observe la vie dans l'immobilité même de la souche.

Ces photogrammes à échelle 1 ne sont pas des empreintes fidèles puisque la main se laisse guider par tel ou tel relief,
elle appuie, évite ou accentue un trou, une fissure, une pliure... Car du fait que l'arbre a été coupé par la main de l'homme
et ses machines, la coupe du tronc accidente la régularité de ses cercles concentriques. Les anneaux de croissance font
comme l'empreinte digitale d'une rencontre entre l'arbre et l'homme, en une trace d'un crime intime et collectif qui
questionne l'état du rapport anthropologique à la nature.

Ces photogrammes deviennent donc paysages ou cartes visuelles « par l'intérieur » de l'existence d'un être vivant, un arbre
qui n'est plus un objet perdu dans le paysage, mais l'origine du paysage, le paysage intériorisé.

« La souche évoque aussi bien la vie en mouvement, avec ses écheveaux de perturbations dynamiques, que la vie en arrêt,
avec son aspect fossilisé, déjà minéral. Ses configurations graphiques en font un objet ciselé, ornemental, excessivement
précis et précieux ; mais sa masse brutale, aride, déchirée, fait d’elle quelque chose qui évoquera aisément un grand débris,
le reste d’une catastrophe diluvienne. » Georges Didi-Huberman. La demeure, la souche, apparentements de l’artiste, 1999

©Cynthia Charpentreau


Landscape for tree-rings. 2019
Diptyque. Photogramme 100x60 cm
Papier Agfa baryté périmé.




Landscape for tree-rings. 2019
Diptyque. Photogramme 100x60 cm
Papier Agfa baryté périmé.



Landscape for tree-rings. 2019
Diptyque. Photogramme 50x60 cm
Papier Agfa baryté périmé.



Landscape for tree-rings. 2019
Diptyque. Photogramme 100x60 cm
Papier Agfa baryté périmé.

Landscape for tree-rings. 2019
Diptyque. Photogramme 50x60 cm
Papier Agfa baryté périmé.